TOURS DETOURS




TUNIS : Je fais la sieste. Allongée en face de la télé, sur un lit d’une place que j’utilise comme canapé. Derrick est à ses débuts. Il commence à 15h45, heure française, 14h45, heure de Tunis. C’est un rituel pour moi. Fenêtres et voltes fermes pour empêcher l’entrée de la lumière et minimiser le son que font les klaxons des véhicules pris dans l’embouteillage de la petite rue « De la banque ». Les alarmes des voitures garées sur le trottoir se déclinent en différentes tonalites. J’entends les voisins de dessus déplacer la table de la salle à manger. Ca ne m’empêche pas de faire la sieste.

Paris : Arrive sur le quai de la capitale avec une famille chinoise. Nous embarquons pour la visite du Paris bateau-mouche. Il démarre. A ma gauche, un attroupement d’étudiants polonais concurrence le bruit de moteur, a ma droite, ‘I ma (deuxième mère en Cantonais) se laisse bercer et ne tarde pas a s’assoupir.

Tunis : Un ton inhabituel dans la temporalité me parvient. Une voix affolée remplace le ton grave de l’inspecteur Derrick. Ca me réveille. Il se passe quelque chose. Image du journaliste de France 2 : Daniel Bilalian.

Paris : Le téléphone sonne.

Tunis : Le drame caractérise son visage. Quelque chose vient de se passer. Dans cette incompréhension, l’image d’une tour enfumée apparait. Mais qu’est ce qui se passe.

Paris : L’ami m’informe de la catastrophe de New York.

Tunis : Je cherche parmi les tas d’objets poses sur la table basse, la télécommande pour augmenter le son. Au lieu de ca je prends une cigarette, J e regarde autour de moi. Je n’ai pas de café, mais je ne peux pas bouger tout de suite pour en chercher. Je n’ai encore rien compris.

Paris : Les bergers de Paris continuent de défiler pendant que le vent froid s’engouffre dans mon nez. Je suis complètement réveillé.

Tunis : Un café pourra peut être m’aider. Je me lève. Je me cogne contre mon vieux ventilateur vert. Je ne l’ai pas encore range dans le grenier de crainte que la grande chaleur ne revienne.

Paris : Je remets mon devoir d’information auprès de mes amis a plus tard car mon attention est attirée toute entière par une fille du groupe tout proche.

Tunis : Je prépare une petite cafetière italienne et je la mets sur le feu. Je reviens au salon.

Toujours la même image. Je me dirige vers la porte fenêtre. Je l’ouvre.

Paris : Je me lève et photographie sans retenu e ses yeux verts.

Tunis : La lumière me frappe.

Paris : Je me rapproche de plus en plus, elle sourit.

Tunis : Un bruit me remplit la tête. Des appels des marchands ambulants, sur la « Place de monnaie » (Sahet el omla), qui réclament leurs produits très varies (marchandise locale ou importée en noir), me parviennent du fond de la rue.

Paris : Elle me plait, je prends conscience de mon absence totale de pudeur et me rapproche encore, caché derrière l’Appareil.

Tunis : Debout sur le balcon, je suis du regard la fumée mêlée a l’odeur de la graisse de l’agneau sur le charbon, pour m’arrêter sur la femme qui vend de la citronnade.

Paris : ‘Ima s’éveille, le moteur du bateau ne ronfle plus. Nous descendons.

Tunis : Elle est toujours au même coin habituel.

Paris : Je fais poser l’oncle devant la reproduction d’une fille en maillot, je le sais friand de ce genre d’images. Il est ravi.

Tunis : Elle continue à appeler les passants a se rafraichir avec un verre de citronnade : « Mia el kess… El kess be mia … Mia el kess. »

Paris : Passage a la tour Eiffel. Les blacks en vendent des reproductions.



Fadila Maghrebi « Tunis »

Cedric Delaunoy « Paris »